top of page

Sénégal - Cachiouane et les îles Sifoka, Vindaye, Ehidj et Carabane

  • 8 mars
  • 7 min de lecture

Kassoumaye ! Après 1h de route nous arrivons à Elinkine.

Michel, le fils de Papis, nous attends. Il nous demande de mettre des gilets de sauvetage et de préparer nos passeports au cas où, car des militaires patrouillent et "nous font chier". La Casamance fut le théâtre d'affrontements violents entre l'armée sénégalaise et les rebelles casamançais. La guerre civile a pris racine dans le fait qu'une partie des casamançais reproche au Nord d'avoir exploité le grenier du Sénégal sans en redistribuer les fruits. Dakar représente pour eux le pouvoir lointain et corrompu. Si un accord de paix a été signé et que le calme est revenu, la méfiance avec "le nord" est toujours vive.

Nous sommes arrivés dans l'après-midi chez Papis, qui tient ce campement avec ses enfants.

Nous sommes au bord du fleuve et le ciel est chargé de sable depuis plusieurs jours ; on ne voit pas le soleil et sur les rives du fleuve Casamance le vent souffle fort.

C'est Didier, le petit frère de Michel, qui vient briser la glace autour d'un délicieux rhum arrangé local et nous propose de nous emmener le lendemain dans les petites îles alentour. Papis nous présente sa fille, à moitié bretonne, qui est venue vivre au Sénégal il y a 2 ans. Nous le chargeons d'une mission : trouver des billets pour le bateau dans 3 jours.

Nous avons eu du mal pour arbitrer sur le pire trajet entre le train en Ouzbékistan et la traversée du Sénégal en début de semaine. Une chose est sûre, hors de question de remonter par la route ! Nous prendrons le ferry pour rejoindre Dakar. Comme nous n'avons pas pu prendre nos billets au guichet, et qu'on ne peut les acheter sur internet, on fait confiance aux relations et bouche à oreille pour trouver une solution. Cela m'avait marqué en Asie comme il était facile d'obtenir quelque chose en demandant autour de soi. Tout le monde connait quelqu'un qui connait quelqu'un...c'est la même chose ici. Mais le bateau fait la rotation seulement 2 fois par semaine et le dernier bateau a été annulé.

Nous dansons une partie de la soirée, dans une ambiance familiale et chaleureuse.


Didier nous emmène dans son bateau direction l'île de Sifoka. Il y a environ 200 habitants ici.


Quand quelqu'un veut s'y installer, on lui désigne une terre pour qu'il y construise sa maison. Momo nous accueille, il est en train de créer un petit camping. Il nous fait prendre une digue qui rejoint l'île de Vindaye, et nous explique que pendant les vacances les jeunes refont la digue, tous les ans. Elle permet aux 2 villages d'être reliés, et la promenade est vraiment trop charmante !


A Vindaye nous rendons visite à un apiculteur, qui nous explique comment il récolte son miel dans les bolongs. Miel de palétuviers, miel de baobab, miel de fromager...difficile de se décider sur un seul pot mais nous n'avons que des bagages à main !

Nous continuons ensuite sur la place du village où des ossements sont accrochés à un arbre, des vestiges de la dernière fête des récoltes. Didier nous montre également le bombolong, qui permet aux villageois (et aux villages entre eux) de communiquer sur les grands événements.



On traverse ensuite de grands champs où le riz est cultivé.

Il fait très chaud. On reprend le bateau et on s'arrête chez Léon, l'oncle de Didier où l'on mange un délicieux repas de crevettes pêchées dans les bolongs.



Il faut dire qu'ici tout est local ! Les poissons grillés, variés, sont directement pêchés dans le fleuve et mangés quelques heures après.


Retour de pêche
Retour de pêche

On a aussi mangé des frites, régulièrement, et on leur a décerné la 2eme place après celles de Belgique. Délicieuses !

Sieste pour tout le monde dans les hamacs, sauf pour moi qui ne résiste pas à une baignade dans le fleuve !


Didier nous emmène ensuite voir un féticheur et nous raconte les légendes du village sous le grand figuier étrangleur.

A chaque enterrement, le corps ressortait de terre pendant la nuit ; les villageois en ont conclu qu'on ne pouvait pas enterrer les corps sur cette île. Ils sont donc enterrés sur une île a côté.

Il nous a aussi raconté, hilare, comment son cousin lui est tombé dessus alors qu'il était monté presque tout en haut d'un cocotier. Il s'est accroché aux premières feuilles : erreur de débutant ! Elles sont toujours mortes et tombent dès qu'on les touche.

Il nous a aussi longuement expliqué comment certaines personnes faisaient soudainement des rêves et étaient appelés à devenir Roi ou Reine dans leur village. J'ai adoré Didier car il était super ouvert à nous raconter tout ça, un jeune gars de 25 ans qui accueille le monde entier dans son campement mais qui ne veut pas partir ailleurs. Le fléau ici, comme dans tout le Sénégal, c'est les jeunes qui partent en Europe et risquent leur vie dans des traversées terriblement dangereuses.

Didier nous raconte que souvent les rois et reines résistent, mais finissent toujours par répondre à l'appel. Il me raconte que le roi, une fois nommé, doit se marier avec une nouvelle femme s'il était déjà marié. La seconde sera la reine, et les enfants qu'il aura avec elle seront princes et princesses. Je lui ai demandé, mais ça doit faire des jalousies avec les premiers enfants ? Ah ça oui ! Et il nous a raconté qu'il avait essayé de devenir ami avec la fille du roi d'Oussouye pour qu'elle lui passe les bonnes réponses lors des contrôles !


Le roi d'Oussouye avec sa femme reine, et entouré des sages du village
Le roi d'Oussouye avec sa femme reine, et entouré des sages du village

On aurait pu papoter encore des heures mais la marée était basse et il fallait y aller pour ramasser les huîtres des palétuviers.


Armé d'une machette, il approchait le bateau tout prêt des palétuviers et il coupait des branches d'huîtres. C'est le petit kiffe de la région !


Le lendemain, on a profité du lieu, des gens, de discuter avec l'un, avec l'autre, de lire dans les hamacs.




Les garçons sont repartis avec Didier chercher des huîtres. Ils ont déposé Papis dans un village voisin où un décès avait eu lieu, pour qu'il présente ses condoléances.

J'en ai profité pour démêler les cheveux de Billie après une semaine à se rouler dans le sable : pas une mince affaire !

Une chèvre dépecée est apparue dans la cuisine extérieure, une vision difficile après ces jours à s'attendrir devant tous les petites porcelets, poussins et chevreaux qui gambadaient en liberté dans les villages.

Milan en rajoute une couche "j'ai vu le cuisinier attraper une poule" je l'ai retrouvée plus tard dans une bassine, sans tête.

Retour de pêche des garçons
Retour de pêche des garçons

C'est l'heure de l'apéro ! On nous apporte des branches d'huîtres, cuites au feu de bois. C'est délicieux !


Papis nous offre une tournée de rhum et de jus de passion fraîchement coupées.

C'est épuisés que nous allons nous coucher, avec une bonne nouvelle : Papis nous a trouvé des billets de bateau. Nous partons demain, le coeur lourd. Billie quitte Michel, son grand copain, avec des larmes dans le cœur.


Billie et Michel
Billie et Michel

Didier nous emmène à Carabane, faisant toujours attention à ne pas nous mouiller avec le bateau.

L'église bretonne de Carabane
L'église bretonne de Carabane

Chez eux nous avons vraiment vécu la Teranga, cette hospitalité et cet accueil chaleureux comme valeur fondamentale du Sénégal.

Billie, comme partout, a passé ses journées à jouer avec les enfants du village. Parfois nous ne l'avons pas vue pendant plusieurs heures. Elle réapparaissait toujours avec un bonbon ou un gâteau dans la main, sortant d'une maison du village.

On dit qu'il faut un village entier pour élever un enfant. Ici, on l'a réellement vécu. Chacun s'occupe des enfants comme des siens, pour les rassurer, les réconforter, rire avec eux ou les gronder. Tout le monde garde un œil sur eux.

A Carabane nous rencontrons Paco Carabane, le tailleur de l'île.


Nous choisissons des tissus et allons manger un dernier délicieux plat de crevettes. Le repas terminé nous allons chercher nos vêtements cousus : une robe pour Kymia, une robe pour Billie et une jupe et une veste pour moi.

Essayage de ma jupe réalisée par Paco Carabane
Essayage de ma jupe réalisée par Paco Carabane

Un décès vient d'avoir lieu, tout le village est en émoi et vient présenter ses condoléances.

Nous attendons le bateau. Houri, qui prépare habituellement des sandwichs, a fermé sa boutique, comme tout l'île, pour aller voir la famille du défunt.

En attendant les sandwichs, je suis fascinée par cette maison mangée par un figuier étrangleur !
En attendant les sandwichs, je suis fascinée par cette maison mangée par un figuier étrangleur !

Je finis par aller voir si par hasard il n'a pas rouvert, car nous n'avons rien à manger pour notre nuit dans le ferry.

Je tombe sur une dame qui me dit, viens ma fille je vais te préparer des sandwichs à l'omelette.

Au loin je vois le ferry qui arrive à quai, et les portes d'accès du port qui sont maintenant fermées. Je discute avec les gens qui sont là. Et je pars avec mes sandwichs qui sentent si bon !

On fait la queue pour monter dans le bateau et, grand classique, on se rend compte que Billie n'a pas son doudou.

Kymia part au Barracuda en courant où l'on a mangé de si bonnes crevettes, Damien dans le bureau où l'on nous a édité les billets du bateau.

Je finis par retourner chez Paco. Doudou est là. Je vois au loin la queue se finir pour monter dans le bateau, et je cours sous le soleil écrasant, dans le sable, avec doudou dans la poche.

Tout le bateau a apparemment suivi l'affaire ; on m'a beaucoup demandé, tout au long de la soirée "alors vous avez retrouvé doudou ?"

On rejoint nos couchettes, très agréables et on salue la femme déjà présente qui est montée à Ziguinchor et qui partage notre cabine.

On traine sur le pont, à regarder la terre de Casamance s'éloigner, le cœur gros.

Il y a beaucoup de vent et le bateau bouge. J'ai le mal de mer. Billie, qui a à nouveau disparue après s'être faite une copine, finit par me rejoindre en me disant qu'elle a mal au coeur. On regarde le soleil disparaitre et on file s'allonger dans notre cabine, malades comme pas possible. 19h30, on dort et on ne goûtera pas les sandwichs qui sentent si bon.

En me levant dans la nuit, j'essaye de voir les étoiles mais la lune est pleine et trop puissante, comme depuis quelques jours.

Je n'aurai pas vu les étoiles du Sénégal.


6h. Le bateau est à quai depuis une grosse demi-heure, il fait nuit noire. J'aimerais prolonger le plaisir d'être dans ma couchette, dans un bateau qui ne tangue pas mais ça y est on nous annonce que l'on doit débarquer.

On descend du bateau, on nous fait mettre en ligne et mettre nos bagages devant nous. Un chien renifleur fait le tour. RAS.

Nous sommes à Dakar.

Fin de notre séjour en Casamance, qui nous a tant touché par sa générosité, son partage et sa solidarité.

2 commentaires


Agnes
08 mars

💖💖💖

J'aime

Laurence
08 mars

Magnifique ! Incroyable !

J'aime
Posts à l'affiche
Posts Récents
Archives
Rechercher par Tags
Retrouvez-nous
  • Facebook Basic Square
  • Twitter Basic Square
  • Google+ Basic Square
...SUR LA ROUTE...
  • Youtube
  • Instagram

© 2020 par Ma & Ky & Mi

bottom of page