top of page

Sénégal - île de Gorée, réserve de Bandia et Thiès

  • 10 mars
  • 9 min de lecture

Il est 6h et la prochaine chaloupe pour l’île de Gorée part dans 1h30. Le temps de me remettre de la traversée remuante, et de souffler un bon coup.

Débarquement du ferry
Débarquement du ferry

Qui en a entendu parler ? Le ferry que nous avons pris a une histoire tragique. En effet, en 2002, son prédécesseur, le Joola, a sombré au large des côtes gambiennes, en pleine nuit. Près de 2 000 personnes sont mortes noyées, et l’on compte une soixantaine de survivants seulement. C’est plus de victimes que le Titanic, et la majorité des victimes venaient de Casamance. Près de 500 nouveaux bacheliers avaient embarqué pour poursuivre leurs études à Dakar.

Il aura fallu 18h pour que les autorités interviennent. Cette tragédie a durablement marqué le pays. Impossible de monter dans le ferry sans avoir une pensée pour eux.

Lever de soleil depuis la chaloupe
Lever de soleil depuis la chaloupe
En route pour Gorée
En route pour Gorée

Gorée en approche !
Gorée en approche !

A 8h nous accostons sur l’île de Gorée, avec des petits yeux. L’île est totalement vide, mais le soleil se lève et les couleurs sont magnifiques sur les façades colorées des maisons coloniales.

L'île aux premières lumières du jour
L'île aux premières lumières du jour

Nous ne passerons pas à Dakar, mais je tenais absolument à ce que les enfants visitent Gorée et son passé terrible.

En arrivant, nous passons au restaurant « Chez Tonton » que nous avions repéré dans une série sur la cuisine sénégalaise sur Arte. Le restaurant est fermé mais un homme charmant, assis devant, nous invite à poser nos sacs à l’intérieur pour visiter l’île légers. Il nous propose d’appeler son frère qui est guide sur l’île. En l’attendant, nous prenons un café et une omelette au bar d’en face, le seul ouvert à cette heure.

Chez Tonton
Chez Tonton

Alassane nous fera visiter l’île en long, en large et en travers, littéralement : 900m de long pour 300m de large.

C’est une île attachante, calme, fleurie, dont les habitants prennent soin. Les vieilles bâtisses, rénovées ou défraichies, de couleur ocre, jaune ou rouge s’égrainent le long de ruelles mêlées de sable et de pavées. Les bougainvilliers débordent de partout.

Sculpture de l'esclave se libérant de ses chaines offerte par la Guadeloupe
Sculpture de l'esclave se libérant de ses chaines offerte par la Guadeloupe
La maison du maire (jaune)
La maison du maire (jaune)
Le grand baobab devant la mairie
Le grand baobab devant la mairie
Billie sous le regard de Blaise Diagne
Billie sous le regard de Blaise Diagne
Maison en forme de bateau
Maison en forme de bateau
Les bougainvilliers
Les bougainvilliers
Vue sur l'île
Vue sur l'île
L'Eglise Saint Charles Borromée où le Pape Jean-Paul II a demandé pardon à l'Afrique de la part de l'Eglise
L'Eglise Saint Charles Borromée où le Pape Jean-Paul II a demandé pardon à l'Afrique de la part de l'Eglise

Au-delà de son cachet indéniable, c’est également un lieu de commémoration de la traite négrière.

Il faut visiter la Maison des Esclaves pour se rendre compte de l’atrocité du système mis en place. C’est une belle maison, construite en 1780 et rénovée en 1990 avec l’aide de l’UNESCO. A l’étage, la maison du maitre, avec pièces en enfilade, larges ouvertures sur la mer et hauteur de plafond confortable.


La terrasse vue sur mer depuis l'appartement du maitre
La terrasse vue sur mer depuis l'appartement du maitre



Difficile d’imaginer que le rez-de-chaussée parquait près de 200 esclaves, femmes, enfants, hommes, dans des conditions sinistres : cellules minuscules, lumière du jour inexistante, autorisation de sortie une fois par jour pour les besoins naturels. Les esclaves étaient séparés ; les enfants d’un côté, avec la plus grosse mortalité en cellule. Les jeunes filles vierges, estimées en fonction de la fermeté de leur poitrine, étaient choisies comme esclaves sexuelles et violées par les maitres. Les récalcitrants prenaient place sous l’escalier, dans des cellules où l’on ne tenait pas debout. Des cellules étaient réservées aux hommes de moins de 60 kg, où ils étaient engrossés pour atteindre le poids idéal.


La cellule des hommes - 20 esclaves s'y tenaient dedans
La cellule des hommes - 20 esclaves s'y tenaient dedans

La cellule où les récalcitrants étaient cassés physiquement - enchainés au poteau et battus
La cellule où les récalcitrants étaient cassés physiquement - enchainés au poteau et battus

La cellule des récalcitrants - on n'y tenait pas debout
La cellule des récalcitrants - on n'y tenait pas debout

Ensuite, ils franchissaient la porte de non-retour : leur départ pour les Amériques, où près de 30% mourraient en route, dans les cales du bateau.

La porte de non-retour
La porte de non-retour

Au pied du grand escalier, un homme est venu nous raconter tout ça d’une voix forte et puissante, et clamer la douleur des siens ; on aurait pu entendre un moustique voler tant le moment était puissant. On se regardait avec Kymia pour s’envoyer du courage et ne pas se mettre à pleurer.

Le grand escalier central
Le grand escalier central

On a raté le bateau de 14h alors on a profité encore un peu de l’île jusqu’au bateau de 15h



Les maisons en roche volcanique - il y eu un volcan sur l'ïle il y a des milliers d'années
Les maisons en roche volcanique - il y eu un volcan sur l'ïle il y a des milliers d'années


Passage par le port industriel, ma grande passion
Passage par le port industriel, ma grande passion

 ; on a ensuite traversé la gare maritime pour trouver la gare ferroviaire et prendre un TER presque jusqu’au terminus.


La jolie gare ferroviaire
La jolie gare ferroviaire

De là on a négocié un taxi pour le lieu de nos 2 dernières nuits au Sénégal. Le même lieu que notre première nuit : ainsi la boucle était bouclée.

Coucher de soleil sur l'océan
Coucher de soleil sur l'océan

Nous avons été « surclassé » en ayant une chambre familiale avec la clim, que nous n’avons même pas actionné. Cependant, toujours pas d’eau chaude, comme depuis 2 semaines ; heureusement qu’il faisait bon.

Le lendemain, réveil matinal car un taxi était sensé nous attendre à 8h30.


Il est arrivé à 9h15, ce qui nous a permis de négocier le prix (il ne faut pas imaginer que le Sénégal soit bon marché, pas du tout ! et le prix des taxis n’est pas loin d’un prix européen). J’ai voulu faire profiter ma petite dernière d’un immense plaisir que nous avions découvert en Afrique du Sud : voir des animaux sauvages dans leur milieu naturel.

Le Sénégal ne comporte pas d’animaux de la savane en liberté mais il possède une petite réserve privée où une soixantaine de girafes, mais aussi 2 types de singes, des phacochères, des zèbres, des buffles, des dizaines d’oiseaux, des antilopes…vivent en toute liberté.

Dans le 4x4
Dans le 4x4
Les singes, passion infinie transmise à ma fille
Les singes, passion infinie transmise à ma fille

Bon, il faut le dire, quand on a vécu 3 jours dans le parc Kruger, l’expérience est bien amère : un tour d’1h dans un 4x4 ouvert avec quelques explications d’un guide obligatoire. Néanmoins les exclamations de joie de Billie à la découverte d’un petit écureuil de terre, d’une autruche ou d’un singe se balançant dans les arbres valait tout l’or du monde (ou plutôt tous les francs CFA de sa mère).

Fin du séjour, fin de budget. On négocie un taxi pour rejoindre une gare routière. Ou plutôt devrais-je dire une « « « « gare routière » » » », à savoir un parking ensablé où attendaient 3 véhicules trentenaires. Direction Thiès, à 1h de route où nous allons voir la famille de Kymia et Milàn. Quelques jours avant notre départ, j’ai appris que leur grand-père, mauritanien, était au Sénégal. Cela est devenu évident que nous allions nous organiser pour faire un détour pour le voir. Mais je n’avais plus de contact avec eux depuis ma séparation d’avec leur père, il y a 10 ans.

Nous découvrons les villes sénégalaises, Thiès étant la 2ème ville du pays, et surtout ses bouchons infernaux. Le taxi collectif nous laisse sur un autre immense parking ensablé, où un taxi nous récupère. On ne sait pas vraiment où on va ; c’est vers l’église Jésus Bon Pasteur, à côté de la Poste. A proximité de la destination, je demande au chauffeur d’appeler mon ex-beau-frère, mais il n’a plus de crédit. On s’arrête alors dans la rue pour demander de l’aide. Cela devient une affaire presque nationale, et tout le monde se met à partager le wifi, à appeler, à demander. Finalement, on retrouve la famille, et après 10 ans sans les voir, c’est avec beaucoup d’émotion que mon ex-belle-mère me tombe dans les bras « Margaux ! Ma fille ! Tu es revenue ! ». J’étais d’autant plus surprise que je ne savais pas qu’elle était là. Quelle émotion de la revoir et de la sentir me serrer dans ses bras, et de me parler comme si on s’était vues la veille. Je salue également grand-père, qui malgré la maladie et son âge avancé m’émeut toujours autant. Grand, fin, au regard perçant, j’ai toujours senti une chaleur et une bienveillance de sa part.

Leur fils, qui nous accueille, nous fait visiter sa maison, où il rentre toutes les 6 semaines depuis la France. Sa femme et ses enfants vivent ici, ainsi qu’une quinzaine de personnes, sœurs, tantes, cousins, amis et familles éloignées qui ont besoin de soin ou qui font leurs études, Thiès étant une grande ville universitaire.

On prend évidemment des photos, qui partent directement au village en Mauritanie mais aussi à la famille très élargie ici au Sénégal ou en France. Tout le monde se réjouit de notre venue, et on rigole de trouver au moins 5 homonymes dans la maison du prénom africain de Milàn, qui porte le prénom de son grand-père. Une femme, une grande sœur, qui ne nous avait jamais vu, est venue nous embrasser et s’est mise à pleurer d’émotion ; je n’ai toujours pas bien compris qui s’était mais j’ai pleuré avec elle. C’était si émouvant de la voir émue de nous rencontrer !

Les enfants et leurs grands-parents
Les enfants et leurs grands-parents

Puis Milàn vient me chercher ; grand-père demande avec insistance à ce que je vienne car il veut me parler. Sa femme vient nous traduire car il parle dans un souffle et nous avons beaucoup de mal à  le comprendre. Mais ce moment, tous les 5 avec les enfants, restera longtemps gravé dans mon cœur. Il me remercie d’avoir fait ce long voyage pour venir, il me dit que s’il meure ce soir il sera heureux car il nous aura revu. Il me dit d’autres choses très touchantes et Kymia me serre fort le bras pour m’empêcher de pleurer. Elle me connait décidément trop bien ! « tu es comme notre fille et ici c’est aussi ta maison. Dieu sait ce que tu as fait et il saura te remercier ». Il a aussi un mot gentil pour Damien, « qui a accepté de venir alors qu’il aurait pu t’en empêcher. Il est aussi le bienvenu et c’est aussi la famille. Il élève les enfants et ça se voit qu’il les aime. » On m’avait accueilli en me disant qu’il ne parlait presque plus. Mais il fut bien bavard et pas avare de reconnaissance ; j’ai senti toute sa pudeur s’envoler pour nous parler, à tous les 5, dans cette bulle à l’écart des autres et du bruit.

Je chérirai longtemps ce moment suspendu, plein de douceur et d’amour, d’une famille qui fut aussi en partie la mienne pendant des années. Dans cette famille où tout le monde jeûne nous avons été accueillis par des jus de fruits et installés dans le salon climatisé pour nous reposer un peu, dans cette famille africaine musulmane la porte m’a été grande ouverte, moi la petite blanche agnostique. J’ai senti toute la teranga en une soirée, l’amour, la chaleur, l’accueil, la solidarité, la gentillesse, le partage. J’avais pourtant un peu d’appréhension, mais tout s’est envolé au moment où j’ai franchi le pas de la maison.

Billie avec un petit cousin
Billie avec un petit cousin

Bien-sûr on nous a invité -séquestré :D pour rester jusqu’à la coupure du jeûne, où on a mangé, à l’africaine, comme j’avais souvent connu. Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre, à même le sol, dans le même plat, et les enfants qui passent d’un côté à l’autre en riant.

Billie s’était évidemment totalement intégrée à la joyeuse bande d’enfants qui couraient dans la maison, et ce fut la dernière dans le taxi, quand nous avons du partir et dire au revoir – adieu à la famille, rassemblée sur le perron de la maison. Beaucoup de peine quand l’heure des au revoir est arrivée, à grand-père, qui de son regard profond m’a à nouveau remercié, de grand-mère qui m’a serré dans ses bras très fort, de ma belle-sœur, rencontrée ce soir-là, du tonton qui nous a si gentiment accueilli.

J’ai repensé à l’histoire de grand-père, de son arrivée en France, de la famille qu’il a créée. En voyageant au Sénégal j’ai imaginé qu’il venait peut-être d’un village comme nombre de ceux que nous avons vu où les enfants jouent joyeusement dans le sable, à l’ombre d’un grand baobab, et où chaque membre du village jette un œil discret pour être sûr que tout se passe bien. J’ai repensé à Morgan, rencontré à Mar Lodj, président d’une association de jeune migrants mineurs isolés à Marseille qui m’a raconté nombre d’histoires dramatiques de ces jeunes. J’ai repensé à la parole raciste qui se libère et de tous ces commentaires lus sur les réseaux sociaux « un de moins » « qu’il retourne grimper au cocotier » et autres monstruosités. J’ai pensé très fort, dans le taxi de retour, que c’était un sacré exploit de savoir monter à un cocotier ! Que chacun devrait venir voir la réalité de l’Afrique avant de débiter des horreurs sur des gens qui n’ont juste pas la même couleur de peau que nous.

J’ai pensé à tout ça en regardant les dizaines d’enfants qui jouaient sur la plage le lendemain, transformant un bidon d’eau en bateau gonflable pour jouer au bord de l’océan.


J’ai pensé à la richesse d’être intégré dans une communauté, une ethnie, un village. D’être considéré, aimé, aidé par ses voisins et amis. De la pauvreté et de la difficulté de vivre dans ces conditions. J’ai repensé à la gentillesse de Michel, au sourire de Didier, à la sororité de grand-mère, à la considération de Louis pour mon anniversaire, au chauffeur de taxi qui nous a emmené à la Pointe Saint Georges et me racontait la difficulté de faire le ramadan par cette chaleur. J’ai repensé encore à la vie de grand-père.

J’ai tout aimé de ce voyage, mais j’ai surtout aimé les Sénégalais. Nous n’avions jamais fait aucun voyage où nous avions créé tant de liens. On dira que c’est lié à la langue, qui n’était pas une barrière. C’est vrai. Mais c’était aussi et surtout lié aux valeurs qui animent ces peuples et desquelles je me suis sentie si proche.

C’était probablement notre dernier voyage à 5. Je suis heureuse de l’avoir fait, d’avoir emmené mes enfants sur ces terres qui sont aussi les leurs, d’avoir découvert avec eux les conditions de vie et l’histoire de ce pays. D’avoir éveillé chez eux de la curiosité sur leur histoire personnelle. De les avoir emmenés chez leurs grands-parents. Je sais qu’ils chériront ces moments et ces photos qu’ils regarderont précieusement plus tard.

Ainsi s’achève notre précieux voyage en Afrique noire, au Sénégal, au pays de la Teranga, de la générosité d’esprit et de l’hospitalité.

Fin
Fin

2 commentaires


Agnes
11 mars

Wouah!!! Merci pour ton partage généreux, qu'elle belle transmission, très émue de cette dernière rencontre,

Fa bu leux !!

J'aime

Laurence
10 mars

Très émouvant

J'aime
Posts à l'affiche
Posts Récents
Archives
Rechercher par Tags
Retrouvez-nous
  • Facebook Basic Square
  • Twitter Basic Square
  • Google+ Basic Square
...SUR LA ROUTE...
  • Youtube
  • Instagram

© 2020 par Ma & Ky & Mi

bottom of page