Sénégal - route pour la Casamance
- 2 mars
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Il est temps pour nous de partir decouvrir "le grenier du Sénégal", cette région au sud de la Gambie qui s'appelle la Casamance. On ne se doutait pas de ce qui nous attendait mais j'avais prévenu : le trajet sera long.

A 6h15 quand le réveil a sonné, il faisait nuit noire et je n'étais pas du tout rassurée à l'idée de prendre la pirogue dans la nuit. A 6h50 à l'embarcadère il n'y avait personne. On était là, comme des ploucs, avec nos sacs, les yeux fatigués, frissonnants sous la brise du matin. Et tout d'un coup, une vingtaine de personnes apparurent, des travailleurs qui partaient pour le continent, et des femmes bien habillées. Le jour se leva totalement en quelques minutes, et la pirogue partit. On distribua une dizaine de gilets de sauvetages dégonflés (on était le triple) et je croisa le regard de Kymia : on pensait la même chose. Et si la pirogue coule au milieu du bolong ?

Heureusement pour nous la pirogue était bien solide et nous sommes arrivés à Ndangane où nous avons retrouvé Mor Talla qui nous attendait.

C'est avec lui que nous allons faire ce long voyage. Il est jeune, beau mais il ne parle presque pas français. Au bout de 2h, nous arrivons à Kaolak. La ville est en travaux, il y a des bouchons (il n'est que 10h) et des enfants pieds nus viennent nous demander de l'argent dans la petite ouverture de nos fenêtres.
Damien se retourne vers moi et me dit maladroitement "ce pays, c'est....le tiers-monde, la débrouille". Il est choqué de voir tant de pauvreté. Nous l'avons déjà vue cette pauvreté, au Cambodge notamment, et ça avait été un choc pour nous aussi.
C'est difficile, avec notre oeil occidental, de ne pas comparer avec ce que nous connaissons, et nous savons aussi que la grande richesse ici c'est le lien social et l'appartenance à un clan, un village, une ethnie...un travail de déconstruction à réaliser pas facile !
Il y a la route, sur laquelle coexistent les charettes, les rares voitures complètement défoncées et parfois des mobylettes. Et puis ensuite ce ne sont que des pistes en sable, et les bas côtes de la route sur lesquels marchent, en plein soleil brûlant, des hommes, des femmes avec des bébés dans le dos, des écoliers avec leur cartable presque plus grand qu'eux.
Des freinages d'urgence pour cause de vache, chèvre, cochon, poule traversant la route au moment où l'on passe.

Des déchets jonchent le sol, partout, partout, des milliers de sacs plastiques, bidons, flacons, boîtes de conserve, chaussures, cordes, paquets de cigarette vides...

A Kaolak Mor Talla va prier et nous faisons une pause toilette. Nous achetons des petits jus de fruit, bissap-menthe et bouyé-gingembre et des muffins. Nous ne le savons pas encore mais ce sera notre seul "repas" de la journée.

On repart. La route est très longue et monotone. Nous traversons des villages, et à chaque fois nous subissons des dos d'ânes, incessants et hauts. Nous doublons une mobylette conduite par un homme, avec une femme derrière lui portant un tout petit bébé dans le dos. A cette vue j'ai des pensées terribles et je leur souhaite de passer un voyage sûr.
12h30. Nous sommes à Farafenni, la frontière de la Gambie. Le passage de douane est rapide (et cher : le douanier fait sortir les enfants et nous demande de fermer la porte. Là, il exige 30€ de backcich et encore, on négocie pour que Billie ne paye pas). Il y a des voitures et des camions dans tous les sens, des jeunes filles qui vendent des cacahuètes et des petits enfants qui jouent au milieu de tout ce chaos.
On traverse la Gambie, il y a des contrôles de police tous les 500m. C'est long.
On arrive à Senoba, le poste-frontiere de sortie de Gambie et d'entrée dans le Sénégal. Un gentil douanier nous accueille et nous demande si nous avons visité la Gambie, on lui dit que non, qu'on a juste traversé. Il nous emmène au bureau du second douanier qui nous exige encore 5000 F CFA et cette fois nous refusons. 2 suisses qui passent en même temps refusent aussi, et le douanier se met très en colère. Il garde nos passeports et ne veut plus nous les rendre. Il nous dit que si nous ne payons pas, on se fera escorter pour nous ramener au Sénégal, du côté de Farafenni. Toute discussion est impossible. Le gentil douanier qui nous avait accueilli vient à la rescousse. Ils nous baratinent en nous disant que c'est parce qu'il n'y a pas de visa, que si nous revenons nous ne paierons pas...il n'y a pas d'issue. Je paye, écoeurée, et je lui dis que je ne risque pas de revenir en Gambie. Côté sénégalais, on passe en 2 minutes et les douaniers sont adorables. La route est encore longue. Nous arrivons à Ziguinchor vers 17h. On devait finir notre route à Pointe Saint Georges, mais le trajet étant très cher nous avions négocié un stop à Ziguinchor pour réduire le prix.

Je suis trop épuisée pour continuer, tant pis, on dormira là ce soir. Je demande à Mor Talla de me déposer à une banque, 2 enfants pieds nus m'attendent à la sortie pour mendier. Le gardien les chasse.
Je trouve le premier hôtel au nom sympa, "le Perroquet" et je vais demander une chambre. Le cadre est magnifique, une cour avec un beau jardin fleuri, et un restaurant au bord du fleuve Casamance. Mais tout est complet. Ils m'envoient à l'hôtel à côté. Complet aussi. Damien et les enfants me disent que c'est pas grave, qu'ils peuvent encore faire l'effort de pousser jusqu'à Pointe Saint Georges : c'est mon anniversaire demain et j'avais prévu une journée tranquille sur cette terre de bout du monde.
Bien-sûr à cette heure-ci le bureau de la gare maritime est fermée et c'est le seul endroit pour prendre les billets bateau qui nous ramènera dans quelques jours à Dakar. On ne peut prendre les billets nulle part ailleurs. Devant mon air dépité, le réceptionniste me donne le numéro d'une amie qui travaille justement à la billetterie. "Appelle la de ma part elle pourra peut-être t'aider".
Un très beau sénégalais, bien habillé, vient nous parler dans la rue. Je lui dis que je suis découragée, que tous les hôtels sont complets, qu'on devait aller à Pointe Saint Georges mais qu'on est épuisés, qu'on vient de Mar Lodj. Justement son frère y tient un campement ! Il me dit qu'il va m'aider, qu'on va aller à Pointe Saint Georges. D'ailleurs il connaît bien le gérant de notre campement là bas (il connaît tout le monde !). On négocie un taxi, et il appelle le campement pour prévenir de notre arrivée. On me demande si des crevettes ça nous irait pour ce soir ? Parfait ! On achète des clémentines et en route.
Notre chauffeur m'explique qu'ici c'est les ethnies diola et mandigues qui prédominent. On discute des fruits, nombreux, qui poussent en Casamance. De la quiétude de la région, de la route qui devient mauvaise à cause de l'hivernage : il m'explique qu'il pleut non stop en août et septembre et que les conditions sont difficiles à cette période. Il jeûne, et me dit qu'avec cette chaleur c'est très difficile.
On traverse les villages de Casamance, puis il n'y a plus de route. Il nous reste 14 km de piste.

Tout au bout de la piste, on ne peut plus passer en voiture, il y a trop de sable. 2 hommes nous attendent et nous accueillent d'un "soyez les bienvenus". Ils nous aident à porter nos sacs jusqu'à nos chambre.
Il est 19h, la nuit tombent et nous y sommes. Nous avons traversé tout le Sénégal pour découvrir la Casamance.



































Quelle épopée ! Vous avez du apprécier le plat de crevettes à l'arrivée
C'est sportif ! Bonne continuation et plein de bisous